413-U+vjmRLDepuis ma lecture de « La porte des enfers », je sais de façon intrinsèque qu’en terme de talent littéraire Laurent Gaudé fait partie des meilleurs. La puissance décuplée des mots dans une émulsion poétique. Une force de l’écriture rare. Je n’ai pas lu d’une traite toute l’œuvre de Gaudé, non, je préfère la savourer. Et quand le manque se fait trop pressant, j’en ouvre un.
 J’ai donc ouvert « Dans la nuit Mozambique », un recueil de quatre nouvelles publié en 2007. Des nouvelles plutôt noires oscillant entre la folie guettant les hommes et une lucidité fataliste.
On suivra la traque d’un homme par un négrier dans la ville en panique. Emporté par son élan animal de chasseur il sera très vite rattrapé par la peur et la paranoïa. Une histoire forte marquée par un sentiment de magie noire surnaturelle. Ou encore, un vieil homme proche de sa mort se remémorera sa vie en bascule au-dessus de regrets et bonheurs perdus. La mort encore comme personnage aux aguets.

Il faut que tout s’achève et que ce soit ici. Alors je continue à vivre. Je courbe le dos en marchant. Je sais que l’on me suit. La pluie me cherche. Les oiseaux se moquent de moi. Ne riez pas. Ne croyez pas non plus que je me repente. Rien ne me lavera de mes fautes. Je ne demande aucune rédemption. Je suis laid, je le sais.

Laurent Gaudé écrit sur la mort, il la provoque, la guette, la contourne, l’attend. Et quand elle sera enfin là, quand elle prendra ce qui subsiste de vivant, quand elle prendra notre résidu d’âme, que restera-t-il de nos fautes ? Que restera-t-il de nos actes ?
Un recueil court et dense. J’en garde dans un coin de ma tête le malaise des remords qui phagocytent notre esprit au fil de la vie.

Babel (2007)
160 pages


L’AUTEUR

AVT_Laurent-Gaude_4143Né en 1972, Laurent Gaudé a fait des études de Lettres Modernes et d’Etudes Théâtrales à Paris. C’est à l’âge de vingt cinq ans, en 1997, qu’il publie sa première pièce, Onysos le furieux, à Théâtre Ouvert. Suivront alors des années consacrées à l’écriture théâtrale. Parallèlement à ce travail, Laurent Gaudé se lance dans l’écriture romanesque. En 2001, âgé de vingt neuf ans, il publie son premier roman, Cris. L’année suivante, en 2002, il obtient le Prix Goncourt des Lycéens et le prix des Libraires avec La mort du roi Tsongor. En 2004, il est lauréat du Prix Goncourt pour Le soleil des Scorta, roman traduit dans 34 pays. Romancier et dramaturge, Laurent Gaudé est aussi auteur de nouvelles, d’un beau livre avec le photographe Oan Kim, d’un album pour enfants, de scénario. Il s’essaie à toutes ces formes pour le plaisir d’explorer sans cesse le vaste territoire de l’imaginaire et de l’écriture.
Avis à consulter sur le blog: Cris, Ouragan, Danser les ombres.