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Parler de diamant brut pour qualifier le roman de Séverine Chevalier paraitrait cliché et pourtant, brut est bien un des premiers mots qui me vient.

Karl est de retour au pays. Son pays, c’est le plateau des Millevaches, c’est le pays déserté, lieu élevé et vide et froid quand la neige s’en mêle. Karl revient après des années d’absence, des années où il laissa les siens sans nouvelle. Il a fui vers une vie moins rude où peut-être il allègerait le poids du passé. Et la bête rode toujours. La bête qui grogne dans son crâne, la bête qui râle tapie au fond des bois.

Il se regarde dans la glace et envisage de la frapper avec le plat de la main, de frapper son visage donc, avec le plat de la main, comme le ferait n’importe quel acteur dans n’importe quel film quand il s’agit de constater, dans la glace, le temps qui bouffe tout comme un ogre, et le pauvre type qu’on est devenu.

Des mots creusés dans la roche. Des mots arrachés au granit du plateau. C’est brut. C’est épuré. C’est violent. L’auteure écorche ses personnages pour n’en laisser apercevoir que le noir et le tourment. Pas même une enfant n’y apportera un peu de couleur chaude. Et les images défilent, au présent, en phrases courtes, en phrases haletantes. Pas de sursis. Pour personne.
Il te faut le lire pour le vivre, je ne trouve pas les mots justes pour que tu ressentes Clouer l’ouest comme je l’ai senti. Ce roman est édité dans la collection Territori que j’ai découvert avec Plateau, et je me propose de m’installer quelques temps dans cette collection. J’y suis chez moi. Et je t’y invite aussi.

La Manufacture de Livres (2014)
185 pages


L’AUTEUR

Séverine Chevalier est née en 1973 et vit en Auvergne. Clouer l’ouest est son deuxième roman, après Recluses paru aux éditions Ecorce.