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Elias Greenhill grandit dans une ferme du Montana, à Eden Creek, entouré de ses parents adoptifs, des indiens de la tribu Nez Percés. Les grands espaces, la terre, l’air, un bel Appaloosa, le travail à la ferme, London, Steinbeck et Faulkner vont tutorer son entrée dans la vie. Une vie de liberté. Jusqu’à ce jour funeste où, sa mère vivant ses dernières heures, lui apprend que ses véritables parents étaient partis pour la France alors qu’il était tout jeune et qu’ils n’étaient jamais revenus. C’est entre Périgord et Limousin qu’Elias ira traquer le secret de ses origines. Dans le hameau de La Croix du Loup… le loup… On racontait que les indiens et les loups appartenaient à une même noble lignée et que leurs esprits se rejoignaient dans un même coin du ciel.
Dans ce roman, l’auteur nous questionne sur la valeur du sang. Elias l’Indien, Elias le fils de châtelains français. Doit-on savoir à tout prix de quelle matrice on vient ? Et si la vérité faisait mal ?
La formule « on ne choisit pas sa famille » est enfoncée de plus par un personnage très fort qui participe à la teneur dramatique de ce roman. John Gray. John Gray au passé trouble. John Gray, l’ermite, sa ferme isolée. John Gray, chez qui Elias va s’installer et se trouver.

Plus loin, dans la maison, une autre porte claqua, puis le silence se fit. Un silence qui permit à Elias d’entendre le tic-tac d’une horloge murale qui ne semblait pas mesurer le temps, mais plutôt donner à ce silence-là l’envergure qu’il méritait, de faire en sorte que les choses présentes soient plus importantes que le passé des hommes.

C’est gavée d’attentes que je lis ce roman de Franck Bouysse après m’être entichée (doux euphémisme) de Grossir le ciel écrit juste après (que celui qui ne l’a pas lu se dénonce). Et si Pur sang n’a pas la même tension provoquée par une écriture sobre, rude et efficace, s’il n’a pas la densité d’un roman écrasant comme peut l’être Grossir le ciel, j’ai entr’aperçu ce qui fait la force de l’auteur : des images qui mettent tous nos sens à contribution. Alors que l’intrigue me tenait au premier plan, j’avais par ailleurs, en filigrane, les odeurs d’herbe mouillée au matin, je sentais le souffle d’un cheval, je caressais les pierres délitées de la façade d’une ferme, je voyais des roches aux mêmes teintes que l’écorce. Le pouvoir d’évocation par une poésie qui effleure les sens, voilà le grand talent de cet auteur que tu dois avoir lu. Et alors, comme Elias, tu laisseras le soleil se coucher derrière les montagnes et l’ombre envahir une vallée, quelque part sous tes paupières closes.

Editions Ecorce – Territori (2014)
176 pages


L’AUTEUR

Franck Bouysse est enseignant en Biologie à Limoges.
2013 – Vagabond (éditions Ecorce)
2014 – Pur sang (éditions Ecorce)
2015 – Grossir le ciel (La Manufacture de livres)
2016 – Plateau (La Manufacture de livres)