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Les étoiles défilent comme dans un couloir entre les deux lignes noires de la forêt qui entourent le fleuve. Je devine les palétuviers des mangroves, dans l’eau encore saumâtre et soumise à l’influence des marées de l’estuaire.

Marc est mécanicien, il a besoin d’argent. Il accepte de partir en Guyane où un ancien associé aux activités tendancieuses lui propose un job aussi singulier que démentiel. Une pelleteuse Caterpillar est tombée en panne au beau milieu de la forêt équatoriale. Situation délirante quand tu entrevois la densité de cette forêt, quand tu connais la difficulté d’y tracer un layon, quand tu sais que cette pelleteuse doit atteindre un site d’orpaillage illégal.

Immersion complète dans l’enfer vert. Au loin, tu entends les singes hurleurs et les paypayos, il fait chaud, l’atmosphère est trempée, écrasante, les vêtements collent à ta peau. La forêt comme un linceul, la canopée comme une ouverture inaccessible sur le ciel. Sur le fleuve, le bruit des sauts se mêlent à celui du moteur de la pirogue. C’est la saison sèche.  

Sur place, se trouvent les convoyeurs de la pelleteuse en rade, un ancien légionnaire abimé par un passé violent, un homme en marge de la société, décalé du monde, un homme habité par la folie, et un brésilien dont on ne sait rien, ou dont il vaut mieux ne rien savoir.
Trois hommes, une pelleteuse, la forêt.

Dans cette novela, Antonin Varenne fait émerger cette part de la forêt mutilée par des hommes qui ne reculent devant rien pour lui subtiliser son or. Rigueur de la nature contre sauvagerie de marginaux. Instincts primaires et chacun pour sa peau. Il fait lourd, c’est le far west guyanais. Je n’aurai qu’à regretter que ce fut si court, je me serais bien attardée plus longuement dans ce récit tant l’auteur m’y a immergée avec facilité, j’aurais voulu creuser encore ses personnages atypiques. Je serais bien restée en Guyane quelques pages encore…

La Manufacture de Livres (2016)
96 pages

 

L’AUTEUR

Antonin Varenne vit dans la Creuse et consacre désormais son temps à l’écriture.
Après Fakir en 2009, Antonin Varenne remporte les prix Quais du polar-20 minutes 2012 et le 8e Prix Jean Amila/Meckert 2012 pour Le mur, le Kabyle et le marin.
Trois mille chevaux-vapeur est lauréat du prix littéraire de l'Archipel, "récits de l'ailleurs", Saint-Pierre et Miquelon, 2015. Battues est publié chez La Manufacture de Livres (2015).