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Avec Obia, Colin Niel a obtenu le Prix des lecteurs des Quais du Polar, parce qu’Obia est d’abord un polar bien entendu, mais aussi parce qu’Obia est bien plus encore. Je vais y revenir, laisse-moi d’abord te faire le pitch comme on dit.

Nous retrouvons en Guyane le capitaine Anato que nous avons déjà suivi dans Les hamacs de carton, et dans Ce qui reste en forêt. Une nouvelle affaire du côté de Saint Laurent du Maroni cette fois-ci. Une affaire de mules. Les mules sont recrutées pour faire passer de la drogue en la cachant dans leur propre corps. Dans l’estomac. Dans l’anus. Deux mules ont été retrouvées assassinées, une troisième est en fuite. Sur l’affaire, le major Marcy, un Créole qui connait mieux Saint Laurent que quiconque, fera équipe avec le capitaine Anato, le Ndjuka aux yeux jaunes…
Voilà pour une partie de l’intrigue.

La mort d’une mule, tuée par une autre mule. Une histoire de jeunes en difficulté financière, rien de plus. Un meurtre tragique rappelant le triste quotidien d’une partie de la jeunesse guyanaise. De cette jeunesse si nombreuse qui se cherchait un avenir en dehors du système.

Derrière ce trafic de drogue émerge une des plaies de la Guyane : l’immigration clandestine. Nous sommes à Saint Laurent du Maroni, et là, de l’autre côté du Maroni, d’un coup de pirogue, tu te retrouves au Surinam, ancienne colonie hollandaise, et Colin Niel nous plonge dans l’Histoire avec ce grand H qui rappelle comme la guerre civile qui fit rage à la fin des années 80 provoqua cette entrée de milliers de réfugiés sur le sol français, une vague de malheur et de malheureux en errance.
La Guyane est aussi belle que complexe, elle est aussi colorée qu’elle est abimée. L’auteur la connait bien et il prend le temps de te la décrire, il te la présente sans la juger, elle est ce qu’elle est. Un bout de terre français. Des ethnies qui se frôlent, qui se frottent. Des bidonvilles posés là, de part et d’autre de ce chemin de latérite cabossé. Des Créoles, des Hmongs, des métros, des chinois, des amérindiens, et puis des Noirs-Marrons issus de la forêt, aux croyances ancestrales et mystiques comme celle des Ndjukas qui protégeaient leurs guerriers de l’Obia. La Guyane et ce passé lourd qui pèse encore sur ses habitants, qui revient, qui hante.
J’ai lu un polar, oui, un polar bien ficelé avec son lot de suspens et de retournements de situations, mais j’ai aussi lu une histoire contée avec talent et passion. Colin Niel est un conteur. Quand tu sais que le meilleur compliment pour un polar est qu’il soit un page turner, et bien moi, j’ai dégusté chaque page. J’ai pris le temps d’apprécier chaque bout d’histoire. Celle des jeunes en dérive, celle des politiques d’immigration mis en place, celle de la forêt, terre d’accueil pour les uns, territoire de perdition pour d’autres, celle des contrastes, celle des frontières, celle des croyances. Des histoires humaines.
Une écriture efficace qui, sous couvert de polar, met à jour les fragilités et les défaillances d’une Guyane si riche pourtant, dans un réalisme effrayant. Un texte impeccable et lucide qui rend hommage à ce département français trop méconnu. Et qui mérite que tu fasses sa connaissance.

Editions du Rouergue (2015)
491 pages

 

L’AUTEUR

Colin Niel est un écrivain français né en 1976 en région parisienne où il a grandi, au 12ème étage d'une ZAC, avant de voyager un peu partout et de vivre loin de son béton natal, en Guyane, en Guadeloupe.
Il commence à écrire à son retour de Guyane et donne vie au capitaine Anato et à ses enquêtes en Amazonie française. Son premier roman, Les Hamacs de Carton, est récompensé par le prix des Ancres Noires en 2014. Suivent Ce qui reste en forêt et Obia.
2016: Colin Niel a reçu le Prix du récit de l’ailleurs (Saint Pierre et Miquelon) pour son polar Obia.