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Ils avaient tous écouté la musique de l’homme, qu’on appelait du blues et qui faisait comme un corps sans vie traîné par un cheval lancé au galop.

L’homme erre la journée, l’homme joue du blues sur sa guitare la nuit. Une transe chaque soir comme s’il allait mourir demain. L’homme, cet homme, est le blues, sa vie est une chanson de blues, dans sa tête, la musique se cogne à ses humeurs noires. Il est un artiste abîmé dont la blessure traîne à se fermer, elle est là, toujours béante, prête à se déverser sur ce trottoir qu’il arpente inlassablement.

Il poussa un cri qui se mêla au crépitement de la pluie sur l’asphalte. Ses yeux tournés vers le ciel, s’ouvraient et se fermaient à chaque impact. Et lorsqu’il fut criblé de balles liquides, il s’allongea sur un ruban de goudron humide et se mit à pleurer et ses sanglots firent exploser son corps en segments d’impuissance.

Chaque phrase de cette novela pourrait se suffire à elle-même, chaque fragment de ce texte est empreint d’une poésie sombre telle une mélopée lancinante remontant des champs de coton dans le fin fond du Mississipi. La forme est tellement accaparante, elle dégage tant de spleen et de mal être à elle seule, qu’on en viendrait à laisser le fond de côté, juste pour apprécier la beauté noire des mots de l’auteur. Des mots qui parfois vont se percher si haut dans la métaphore décalée qu’il est besoin d’un dictionnaire pour en saisir le sens, et l’envolée s’en trouve perturbée, et la transe poétique ébranlée. C’était mon bémol à moi.
Un texte puissant que La Manufacture de Livres réédite aujourd’hui pour la félicité du lecteur qui s’extase sur le pouvoir des mots.

La Manufacture de Livres (2016)
85 pages

 

L’AUTEUR

Franck Bouysse est enseignant en Biologie à Limoges.
2013 – Vagabond (éditions Ecorce), réédité en 2016.
2014 – Pur sang (éditions Ecorce)
2015 – Grossir le ciel (La Manufacture de livres)
2016 – Plateau (La Manufacture de livres)