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RENTREE LITTERAIRE

Dans les yeux de la petite Mathilde, il y a des hanches qui s’agitent, des pieds qui tapent le sol au son de l’harmonica. Il y a son père qui souffle toute cette musique dans le cœur des gens. Son souffle, des soirées illuminées, des âmes heureuses. Quand brutalement vient frapper la tuberculose. D’abord Paul, le père, le cafetier mélomane, puis Odile, la mère.
La famille vole en éclat. Mathilde et son frère sont placés en famille d’accueil. Enfance amputée. Plus de café Le Balto. Les années 50, les trente glorieuses, la sécurité sociale seulement pour les salariés, et le sanatorium d’Aincourt, comme un paquebot dans les arbres…

Elle abandonne la Seine miroitante derrière la vitre. Elle cède à d'autres gosses le donjon écroulé. Renonce aux douves aux abîmes profonds, aux bouquets de lilas, au bourdonnement des guêpes dans les tilleuls. Donne tout: la vision triste et belle des algues mouvantes sous la surface de l'eau. Elle abdique.

Mathilde est propulsé violemment dans une réalité féroce d’adulte, elle veut tout sauver, elle prend tout sur ses épaules, elle va charger et éponger pour le reste de la famille. Rester digne dans la misère, sourire à ses parents, prendre son frère en charge. S’oublier. Se sacrifier.
Oui, c’est un très beau texte, fort, touchant, parfois effroyable. Oui, les mots se font aussi poésie et les rêves ensoleillés de Mathilde atténuent la grisaille des bacilles et des privations. Mais c’est trop pour moi. Trop d’apitoiements, trop de souffrances, trop de sacrifices, trop d’abnégation et tout ça dans une même personne. Mathilde subit volontairement et se tait. Elle ne dit jamais rien. Et cela s’étale du début à la fin du livre. C’est lourd. Besoin d’air. Respire Mathilde !
Je reste donc sur un avis mitigé. Un texte beau, mais un texte si misérabiliste…

Actes Sud (2016)
267 pages

 

L’AUTEUR

Née en 1974, Valentine Goby publie depuis quinze ans pour les adultes et pour la jeunesse. En 2014, elle reçoit le Prix des Libraires pour Kinderzimmer, paru chez Actes Sud. Passionnée par l'histoire et par la transmission, la mémoire est son terrain d'exploration littéraire essentiel.
(source : Actes Sud)