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Chaque jour après l’école, Caitlin se rend à l’aquarium. Elle s’assoit devant les masses d’eau et se laisse absorber par le monde sous-marin. Elle a douze ans, elle vit dans un appartement plus que modeste dans une banlieue de Seattle. Avec sa mère qui chaque jour se lève la mort dans l’âme pour aller travailler sur un chantier. Le monde est un aquarium…

La ville entière, un récif de corail fait d’un réseau interminable de petites cellules. J’imaginais chacune d’elles comme un polype, une créature invertébrée, une bouche à tentacules dressée vers le ciel trouvant un endroit où se poser en excrétant son exosquelette, une fine couche de béton, pour s’y fixer à jamais, agitant ses tentacules (…).

Dans l’obscurité de l’aquarium, Caitlin se laisse aller au mouvement des poissons. Elle est fascinée par cet univers qui la rassure. Alors qu’elle est si seule au dehors, ici, chaque entité marine lui est familière. Un vieil homme vient s’assoir près d’elle. Il semble aimer cette vie sous-marine. Il parle le même langage qu’elle. Chaque jour, ils se retrouveront face à ces bassins géants pour partager leur passion commune… jusqu’à un moment tragique où sa mère découvrira ce nouvel ami. Jusqu’à ce moment de bascule où le passé ressurgit pour mieux écraser le présent.

David Vann écrit du noir. Il écrit la misère de l’âme comme personne. Il creuse les relations filiales. Si Caitlin, qui est aussi la narratrice, est un personnage intéressant par cette superposition de l’enfance à l’adulte en devenir, la mère, Sheri, est, pour moi, l’être le plus fascinant de ce roman. Une vie façonnée par le choix d’un père défaillant. Mais surtout une colère contenue qui va exploser dans des proportions déconcertantes. Ultra réaliste. J’ai senti dans mes chairs sa frustration et sa haine, son impuissance à se soulager. J’ai senti son désespoir. Et ce long passage où elle veut que sa fille soit un témoin actif de sa vie passée, d’une vie atrophiée et désenchantée, est d’anthologie ! D’une violence sans retenue. Crue et palpable. Ce livre est une déchirure. Une volonté d’arriver au pardon. Mais à quel prix ?
Un très grand roman. David Vann quoi !

Tout est possible avec les parents. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière et c’est ce monde-là qu’on connaît ensuite pour toujours. C’est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d’autre il pourrait ressembler.

Gallmeister (2016)
271 pages


L’AUTEUR

Publié en France en janvier 2010, son roman Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s'est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours. David Vann est également l'auteur de Désolations, Impurs. Il partage aujourd'hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l'Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature.