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14 février 2008. Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15h04 et 15h07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort.

David Vann tente de retracer la vie de ce jeune homme se questionnant sur les motivations internes qui ont pu l’amener à cet acte suprême. Sa position de départ consiste en une comparaison avec son propre chemin de vie, lui, qui à 13 ans reçoit en héritage les armes de son père qui vient de se suicider. Les armes comme un point de départ, l’inévitable débat autour du port d’armes aux Etats-Unis…

En juin 2008 la Cour Suprême a maintenu le droit de chaque Américain à porter une arme, en invalidant une loi de Washington D.C. qui interdisait la possession d'une arme à feu. Après la fusillade de NIU, le pouvoir législatif de l'Illinois a tenté de voter une loi qui aurait pu limiter l'achat d'armes de poing à un pistolet par mois et par personne, ce qui impliquait tout de même qu'une personne pouvait se procurer douze armes par an, et même cela n'a pas été voté.

Steve grandit en matant des films d’horreur, enfermé avec sa mère dans une pénombre appropriée. Les films d’horreur et les jeux vidéos plus tard, violents, tuer en réseau. S’en suivent des idées conspirationnistes, le racisme, les tentatives de suicide, une médication lourde et ses effets secondaires, la paranoïa, les TOC. Non, Steve n’a pas un chemin de vie simple, il n’est que douleurs et il est enfermé dans ses peurs. Steve ne s’aime pas, il est nul, il n’arrivera à rien. Steve a une sexualité ambigüe, qu’il a du mal à définir entre déni et fuite.
Jusqu’au jour fatidique d’un passage à l’acte. D’un suicide. D’une tuerie de masse.

Une atmosphère pesante étreint le récit tout du long. Les névroses de Steve empêchent l’air de passer entre les mots, son mal être étouffe ma lecture, sa dépression m’écrase et c’est avec empathie que je souhaite qu’il arrive au bout de sa vie. Bien sûr, il a emporté avec lui cinq autres vies, c’est l’horreur, une tragédie arbitraire, mais enfin, il s’est libéré et la lectrice que je suis aussi.
Pour David Vann, écrire la vie de Steve Kazmierczak lui a sans doute permis de prendre du recul sur la sienne, de mieux se comprendre certainement, et à moi, d’avoir approché le pourquoi de l’écriture de Sukkwan Island en 2010, grand roman que je te conseille encore une fois.

Gallmeister (2014)
249 pages


L’AUTEUR

Publié en France en janvier 2010, son roman Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s'est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours. David Vann est également l'auteur de Désolations, Impurs. Il partage aujourd'hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l'Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature. Aquarium (2016) est son dernier roman.