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Irlande.
Quarante années de conflits, de guerres, de mises à mort. Certains parleront de guérilla, d’autres de guerre civile. Cela commence en 1966. Les gouvernements des deux Irlande se rapprochent, on commémore l’insurrection de Pâques de 1916 et une bombe explose à Dublin détruisant la statue de l’amiral Nelson, héros britannique. Un groupe armé anti-catholique est créé par les loyalistes et c’est le début de sanglantes années.
C’est en 1969 que démarre l’histoire de Seamus, de Matthew et des autres  gosses du quartier du Bogside, un ghetto catholique à Derry, Irlande du Nord. Cette nuit-là, lors d’une manifestation, des loyalistes passent à l’attaque, s’en prenant à une foule désarmée. Des morts, des deuils, la peur dans les rues et le début d’un soulèvement. Des civils meurent, des maisons brûlent, et Ben, le frère de Matthew périt dans les flammes. Le destin des enfants qui restent sont scellés ce soir-là.

Contre toute attente, les blindés s’ébranlèrent soudain et quittèrent les lieux dans un nuage de gasoil, sous les hourras et les go home des habitants de ce ghetto catholique, heureux d’avoir remporté cette bataille, ignorant que sept semaines plus tard, à Belfast, une milice protestante abattrait au hasard dans la rue, pour l’exemple, un catholique, le premier d’une longue liste.

2016.
Nous sommes à Paris, à quelques jours du dimanche de Pâques. Un homme est découvert mort dans un pub, une balle dans chaque genou, une autre dans la tête. Dans son dos, trois lettres : IRA.
Et ça n’est pas pour plaire au capitaine Mehrlicht que de se retrouver mêlé au conflit irlandais dans une France en Etat d’urgence…

Nicolas Lebel revient donc avec son capitaine à la face de grenouille que je connais bien maintenant. Il est des personnages qui ont le charme (caché) qui agit plus que d’autres, Mehrlicht est de ceux dont je peux m’enticher. Je l’aime bien. Il est désabusé, il a un regard détaché sur la folie des hommes, et bien que morose au possible, il permet à l’intrigue, noire parce qu’habillée d’une réalité sanglante, d’avoir des moments plus badins. Et puisqu’on parle de l’intrigue, je me dois de mettre en avant le talent de l’auteur à utiliser l’Histoire, celle avec un grand H, pour concevoir un prêtre pyromane revenu d’entre les morts. Le livre est fait de justes aller-retour dans le temps pour que le lecteur s’imprègne d’un contexte historique empreint de colères et de sang, et donne au monstre créé par l’horreur d’un conflit meurtrier toute sa crédibilité. Le style est fluide tout en étant rigoureux, et dit comme ça je sens que tu vas persifler que ça ne veut pas dire grand-chose. C’est une lecture accessible et divertissante, il n’y a pas de facilités de l’auteur pour autant, c’est bien écrit, et en même temps, il y a la rigueur de la juste documentation. Juste assez pour que l’on comprenne comment l’Histoire s’est faite et juste assez pour que cela ne te semble pas wikipédiasque.
Donc, j’ai aimé De cauchemar et de feu. J’ai appris beaucoup sur ce conflit que je connaissais mal finalement tout en passant du bon temps avec des personnages que j’ai eu plaisir à retrouver. Next.

Marabout (2017)
414 pages


L’AUTEUR

Nicolas Lebel est enseignant en lycée. Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2013 L’heure des fous, en 2014, Le jour des morts, et Sans pitié ni remords en 2015, des romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent.