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Nous sommes devenus des monstres.
On pourrait s’en affliger.
Mieux vaut en rire.

Cette quatrième de couverture résume tout à fait le contenu de ce livre décalé. Et je comprends maintenant toutes les réactions épidermiques que j’ai lu ici ou là suite à cette lecture. Philippe Claudel dénonce les horreurs de notre société moderne d’une manière peu encline à l’indignation dépersonnalisée de M. Tout-le-monde quand l’actualité se veut violente. Tu sais, ces beuglements au scandale, ces « mais que font nos gouvernants ? », ces « JE SUIS le monde entier », tous ces cris ces SOS qui ne t’empêcheront pas, demain matin, de boire ton café en postant des photos de ton chat sur Facebook. Philippe Claudel dénonce cette banalisation de l’abominable en forçant les traits du réel. Et s’il dit forcer à peine, et s’il est vrai que tu commenceras par sourire, tu verras que tu seras très vite mal à l’aise, souvent incommodé, la bile au bord des lèvres.

Une barque, deux, parfois trois ou quatre. Grandes et artisanales. Longues et qui peuvent accueillir une dizaine de personnes. Sauf qu’elles en contiennent le triple. Elles débordent. Des canots pneumatiques parfois. Des enfants, des hommes, des femmes, debout les uns contre les autres. Noirs. Serrés. Tellement serrés (…) Nous faisons hourra quand elles chavirent. Nous regardons les corps dans l’eau.

Des bébés congelés pour contrôler les naissances, un séminaire pour trouver comment réguler le nombre de vieux, une soirée suicide, de la baise partout, avec tout le monde, lubricité notoire, barbarie commune, l’Homme n’est plus qu’une bête.
Cette violence portée par l’absurde est d’autant plus percutante que l’auteur utilise des phrases courtes et seulement des points pour ponctuation, quel que soit le type de phrase. Une parataxe continue et des dialogues mêlés à la narration. Ça frappe dru et gras.
Je ne sais pas si on peut aimer ou ne pas aimer ce livre. Ce qui est certain c’est qu’il fait réagir. Et étrangement, mais peut-on en tirer un quelconque enseignement ?, ce texte a plus choqué par une accumulation outrageante de sexes dans des trous divers et variés que par le nombre de migrants qu’on se lasse de voir finir au fond des océans…

Hier matin, j’ai acheté trois hommes. Une tocade. C’est Noël. Ma femme n’aime pas les bijoux. Je ne sais jamais quoi lui offrir. La vendeuse me les a emballés. Ce n’était pas simple. Ils résistaient un peu. Sous le sapin, ils prenaient de la place. Nous n’avons pas attendu minuit. Pourquoi trois. Un pour chaque orifice. Très drôle.

Stock (2017)
130 pages

 

L’AUTEUR

Auteur à succès, Philippe Claudel enchaine les romans : Quelques-uns des cent regrets (1999), J'abandonne (2000), Le rapport Brodeck (2007), L'enquête (2010), etc. Principalement auteur de romans, il s'est également illustré dans l'art de la nouvelle. Il est aussi réalisateur de cinéma et sort son premier film en 2004 : Il y a longtemps que je t'aime.