Saint-Bris-Gonzague-Déshabillons-lhistoire-de-France

 

Amener Prosper au cirque, chatouiller le nénuphar, prendre à la hussarde, tirer sa crampe, forniquer, bourriquer, bref ! s’envoyer en l’air ! Voilà des siècles que le sexe tient une place prépondérante voire majeure dans les rapports humains allant jusqu’à influencer des décisions politiques majeures.
Gonzague Saint-Bris nous déborde d’anecdotes parfois cocasses, quelques fois tragiques mais le plus souvent délicieuses sur les pratiques sexuelles des Grands de notre Histoire de France. On y croise des monarques érotomanes, ou atteint de priapisme, ou homosexuels, ou même frigides ! Des auteurs obsédés, des soldats amoureux, des reines harcelantes. On côtoie des maîtresses par centaines dont la profusion a pu me lasser à certains moments. Tous ces noms qui s’accumulent dans une liste d’inconnues lascives qui n’apportent pas vraiment à l’ensemble m’a un peu assommée.
Mon intérêt s’est d’ailleurs plutôt porté sur l’évolution de ses pratiques sexuelles, du point de vue de l’époque, de la société, de la religion. Voir comment a évolué la place de la femme dans le couple et dans le lit, constater l’hypocrisie des religieux, les mensonges dans les milieux favorisés, la fausse pudibonderie.

En conséquence, l'Église, consciente de l'infidélité chronique de l'homme, de même que des besoins des jeunes gens non encore mariés, ne tarda pas à organiser, voire à institutionnaliser la prostitution, en ouvrant des bordels qu'elle contrôlait et dont, naturellement, elle touchait de copieux revenus, souvent plus élevés que celui de ses terres.

Je regrette que l’auteur ne soit pas allé plus en province, qu’il ne se soit pas trop éloigné de la noblesse pour regarder dans les chaumières du peuple comment on vivait sa sexualité, était-ce si différent de la cour de Versailles ? Puis quand je survole avec lui deux mille ans de parties fines (ou moins fines d’ailleurs) et que je me rends compte que finalement, les Hommes ont toujours aimé la bagatelle, que la religion qui s’est efforcée de castrer les uns et d’humilier les autres, n’a pas réussi à anéantir ce besoin de chair, je me dis que quelle que soit la position sociale, le sexe est forcément au-dessus de toute chose !
Allez ! Voilà une lecture savoureuse qui désacralise certains grands noms des livres d’Histoire. Je n’ai pas boudé mon plaisir, et j’ai beaucoup appris.

XO éditions (2017)
293 pages

 

L’AUTEUR

Ecrivain, historien, et journaliste, il est l’auteur de cinquante ouvrages dont vingt biographies. Il a reçu en 2002 le prix Interallié pour son roman Les vieillards de Brighton et, en 2016, le prix Hugues Capet pour l’ensemble de son œuvre.