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Depuis l’enfance, elle a un regard de biais. Du fond d’une classe ou lors d'un repas de famille. Tous les enfants ont ce regard, plus ou moins, celui qui appréhende dans un angle différent, celui qui apprend les codes sociaux en décryptant les gens, les personnes, les êtres qui se meuvent aux alentours, les autres. Elle a toujours cru trouver un ancrage commun à tous ces êtres, elle attendait de pouvoir adopter une attitude qui irait avec tous et qui enfin ferait qu’elle pourrait entrer dans le cercle social de communication. Elle se trompait bien évidemment. Jamais elle n'échangera librement avec chacun en étant une seule personne, il faudra qu’elle s’adapte à tous. Mais là encore elle se trompait. Elle n’a pas pu s’entendre avec tous et rester intègre. Elle a essayé. C’est vain. Elle est donc restée en retrait et a continué ses observations des gens, des personnes, des êtres qui se meuvent aux alentours, des autres. Discrète, peu sociable. Parce que comprendre le fonctionnement de tous ces autres demande du recul. Elle a beaucoup écouté. Elle est une oreille attentive à laquelle les autres aiment se confier. Forcément. Elle écoute encore beaucoup, elle aime ça et elle apprend encore et toujours de cette écoute. Elle pose beaucoup de questions aussi. Pas des questions pour insinuer que c’est bien ou que c’est mal, juste des questions pour comprendre. Et n’y arrive pas forcément. Puis arrive le moment où elle parle d’elle…

 

… elle voudrait te dire que tu es bien ce que tu veux ! Que ça lui va si ce que tu fais, ce que tu penses, ce que tu manges, ce que tu écris, ce que tu lis, ce que tu chantes, ce que tu écoutes, ce que tu cries, ce que tu vénères, ce que tu aimes, ce que tu n’aimes pas, ce que tu crées, si tout ce qui fait que tu es toi te rend heureux. Juste si tu es heureux sans nuire à l’autre, ça lui va. Et naïvement, elle en est bien consciente, elle voudrait que l’autre ait aussi ce regard sur elle. Et que toi tu aies ce regard sur l’autre et que l’autre ait ce regard sur toi. Naïve. Mais pas idiote. Rappelle-toi qu’elle observe depuis l’enfance et qu’elle a vu les limites de son utopie. Elle est très pessimiste. Elle sait qu’elle n’échangera jamais librement avec chacun. Puis arrive le moment où elle ne parle plus d’elle…

 

… elle veut juste être. Que l’échange se fasse ou non. Et c’est difficile. Déplaire. Être critiquée, montrée du doigt, stigmatisée. Parce que les gens, les personnes, les êtres qui se meuvent aux alentours, les autres jugent. Toujours. Mais elle ne veut pas rentrer dans toutes ces cases que les autres ont construites. Elle veut rester dans la sienne, avec son regard toujours de biais, une case ouverte à qui veut la visiter. Une case qu’on peut quitter si on ne s'y plait pas.

 

L.S.