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L’histoire démarre dans un petit village des Balkans, c’est l’hiver, il neige. Chaque habitant de la petite communauté vaque à ses occupations, tout semble très ritualisé, le tout étant couvé par un chef, gardien des traditions ancestrales. Et c’est ici que vit Manushe.

D’une voix forte, elle profère les paroles rituelles, jure par la pierre et par la croix de rester vierge, de ne jamais contracter d’union ni fonder de famille. Elle regarde vers le bas, évitant les yeux ourlés de mauve de celui qu’elle fuit par le pouvoir des mots prononcés.

Pour ne pas épouser le vieil homme qui la demandait, Manushe choisit très jeune de renoncer à sa condition de femme et acquiert dans le même instant tous les droits réservés aux hommes, elle est ce qu’on appelle une vierge jurée.
Puis Adrian, un inconnu mystérieux, arrive au village. La vie de Manushe va basculer.

Alors que mon intérêt est porté à l’histoire intrigante de cette femme qui a reniée toute forme de féminité, alors que je m’emballe pour cette étrange tradition de vierge jurée dont jamais je n’ai entendu parler, voilà que l’auteur m’emmène loin du village pour me raconter Adrian. Non pas que l’histoire de ce personnage est dénué d’intérêt, non pas que je ne veuille pas en savoir plus sur celui qui va défaire le quotidien harmonisé de Manushe, mais ce sera au détriment de cette dernière sur les deux tiers du livre ! L’auteur ne me rendra Manushe et son histoire qu’à la fin du livre. Je me suis sentie spoliée. Voire trompée.
Bon, présageons que je mette cette fâcherie dans un recoin de ma tête et que je la recouvre d’une serviette (la fâcherie, pas ma tête) pour me concentrer sur l’histoire d’Adrian. Que me reste-t-il de ce texte ? Je dois reconnaître à Emmanuelle Favier une très belle plume pour ce premier roman qu’elle offre. Les mots sont emplis de poésie, l’ambiance est calibrée autour des personnages, de très beaux personnages, denses, empreints de ténacité et de survivance, des personnages solides. Mais à vouloir nous imprégner d’images et de mots au lyrisme fort, n’a-t-elle pas alourdi son propos ? J’ai eu un besoin d’aération par moment, de lissage, de ligne pure au milieu de cette exaltation poétique.
Néanmoins, ce roman au caractère noir, douloureux, reste un roman poignant dont la force évocatrice ne peut que toucher son lecteur.

Albin Michel (2017)
214 pages


L’AUTEUR

Emmanuelle Favier a publié un recueil de nouvelles (Confession des genres, éditions Luce Wilquin, 2012), plusieurs recueils de poèmes et trois pièces de théâtre. Le courage qu’il faut aux rivières est son premier roman.