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C’est au mois d’août, étrangement, que pour la première fois j’ouvre un livre de William Faulkner. C’est un nom qui de façon récurrente me parvenait aux oreilles assortis d’adjectifs toujours élogieux. Il se trouve que Lumière d’août était sur mes étagères, depuis sûrement un bon moment, et il se trouve que j’ai eu l’idée éclairée de l’ouvrir.
Incroyable découverte.
Comment vous parler d’une œuvre si dense en quelques lignes ? Il y a tellement d’entrées dans ce livre ! Jusque là, seul Steinbeck m’avait fait cet effet là.

Les premières pages s’ouvrent sur Léna, la jeune Léna qui s’est amouraché d’un certain Lucas, de passage, et qui tombe enceinte. Elle part à sa recherche persuadée ( ?) qu’il est allé trouver un travail pour pouvoir s’occuper d’elle et de l’enfant. Léna arrive à Jefferson, dans une scierie où un certain Byron Bunch propose de l’aider, brave homme frappé du coup de foudre. C’est dans cette même scierie que se trouve le géniteur tant recherché, et il ferait du trafic d’alcool avec un certain Joe Christmas.
Joe Christmas, notre deuxième entrée dans le roman. Homme énigmatique qui aurait du sang noir, ce « aurait » qui va conduire sa vie. Il ne connait pas ses origines et a une relation chaotique avec les femmes. Au moment de notre histoire, il a vécu une relation mouvementée et intense de deux années avec Joanna Burden, issue d’une famille anti-esclavagiste. Qu’il finira pas tuer. Ou pas.
Arrive un troisième personnage pour tenter d’atténuer la lourdeur des péchés précités, le révérend Gail Hightower qui pour d’obscures raisons est sans famille et sans paroisse.
Je ne pouvais pas faire plus court. Ces trois personnages font le roman.
Nous sommes au Sud des États-Unis, le conflit racial est omniprésent, et il fait et défait les vies, d’une génération à une autre. C’est noir, le passé de chacun est une chape de plomb, le passé détermine leur vie. Ils sont seuls. Léna est seule sur la route, Christmas est seul dans sa fuite en avant, Hightower a été mis en quarantaine par son entourage et par tous les habitants.
La solitude et le désœuvrement humain.

Quand il se mit au lit, ce soir-là, il était décidé à s'enfuir. Il se sentait comme un aigle, dur, suffisant, puissant, sans remords et plein de vigueur. Mais cela ne dura pas, bien qu'il ignorât alors que, pour lui comme pour l'aigle, sa propre chair, aussi bien que tout l'espace, ne serait jamais qu'une cage.

Le texte de Faulkner est d’un réalisme marqué, nous ancrant dans des tragédies palpables. Il prend le temps et les mots pour poser les situations, il dépeint les gestes avec application, il s’attarde sur les plis d’un visage, sur un mouvement ou sur la sensation du dentifrice dans la bouche d’un enfant pris en défaut. J’avais lu je ne sais plus où que les mots de Faulkner étaient comme de la lave, et c’est exactement de cette manière que je les ai vécus. Une lave qui s’écoule lentement mais sûrement, en brûlant tout sur son passage.
Lumière d’août est une œuvre marquante et déstabilisante. Foisonnante. Et Faulkner est un géant.

Gallimard (1935)
628 pages


L’AUTEUR

William Faulkner (1897-1962) est probablement l'écrivain américain qui a eu le plus d'influence sur la littérature contemporaine. En France, il a été découvert et commenté, en autres, par André Malraux, Jean-Paul Sartre et Claude Edmonde-Magny. Ses romans les plus connus sont: Le Bruit et la Fureur (1929), Tandis que j'agonise (1930), Sanctuaire (1931), Lumière d'août (1932), et Absalon, Absalon! (1936).