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Lloyd a trente ans, il vit à New York, ou du moins, il vivote. C’est un looser comme on dit, il vit aux crochets de sa petite amie, fait un peu la manche et surtout, il participe à des essais pharmaceutiques. Il est cobaye. Il est testeur de pilules et autres gourmandises thérapeutiques afin que les laboratoires observent d’éventuels effets secondaires.

Au cours des cinq dernières années, j’ai pris part à plus de cent cinquante essais cliniques. Pendant lesquels j’ai ingurgité des boissons énergétiques chimiques, des pilules arrosées de marqueurs radioactifs, subi des radiographies extensives, porté un cathéter vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et pris un traitement qui faisait virer ma sueur et mon urine orange fluo.

Lloyd et ses compagnons expérimentateurs vont se découvrir des capacités plutôt étonnantes, sorte de supers pouvoirs façon Marvel mais en moins prestigieux dirais-je. L’un est capable d’endormir sa cible,  un autre de la faire vomir jusqu’à vidange complète, celui-là provoque des convulsions et cet autre des éruptions cutanées à se gratter au sang. La batterie quasi complète d’effets secondaires potentiellement provoqués par la pharmacopée. Une nouvelle ligue de super-héros est née et elle s’en va à l’assaut des rues sombres afin de venir en aide aux opprimés. Et comme dans tout bon épisode gavé de super-héros, il y aura le méchant très méchant à affronter.

Un livre drôle. L’idée est amusante, les échanges entre les personnages sont distrayants, on se plait à lire leur décalage avec le reste du monde, et j’ajoute une mention particulière à la folie douce de la candide Sophie, amoureuse de Lloyd et passeuse de poudre de fée…
Et sous cette apparente légèreté de ton, l’appareil pharmaceutique pèse de tout son poids. L’auteur dénonce la surconsommation médicamenteuse, la surenchère de produits toujours plus efficaces, le gavage des patients par les médecins via les laboratoires.
Enfin, le narrateur se posera la question du libre arbitre, des choix de vie vs la destinée. Tout au long de son récit, Lloyd se demandera quel est son rôle à jouer, sa place dans cette vie. Et je termine là la présentation de cette lecture à la fois divertissante et gambergeante sur ces quelques lignes :

Et pour moi, le mot « destinée » n’est qu’une coquille vide qu’on balance à-tout-va, histoire de se persuader d’avoir un rôle spécial à jouer quand, en réalité, nous ne sommes guère plus que de pauvres étrons aspirés par le tourbillon fatal de toilettes géantes, et dont les vies partent à la chasse d’eau jour après jour.

Agullo (2017)
Traduction Morgane Saysana
345 pages

 

L’AUTEUR

Scott G. Browne a travaillé à Hollywood pendant plusieurs années avant de s'installer à Santa Cruz pour écrire. Il aime mélanger la comédie noire et le surnaturel. Il est notamment l'auteur de Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour. Il vit actuellement à San Francisco.