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Addie Bundren est morte. Son mari, Anse, lui a promis qu’elle serait enterrée à Jefferson, à quarante miles de leur ferme. Avec ses cinq enfants, il charge le cercueil dans la charrette et c’est le début d’une épopée située quelque part entre le drame et le vaudeville.
Il pleut, les routes sont abimées, on est loin des villes, les contretemps se multiplient, le cadavre se décompose mais J’lui ai donné ma parole. Elle avait mis ça dans son idée, ils mettront la mère en terre à Jefferson quoi qu’il en coûte.
Chaque chapitre est un dialogue intérieur tenu par des narrateurs différents. L’histoire se construit donc en passant de l’un à l’autre. Les cinq enfants, Cash, Darl, Jewel, Dewey Dell et Vardaman, le plus jeune, le père, des voisins et d’autres personnages croisés sur leur route. Addie elle-même prend la parole au milieu du roman. Chacun des enfants oscille entre ce qui doit être fait et le besoin de se démarquer des conventions, Jewell, enfant illégitime semble être le rebelle de la fratrie et pourtant il se plie à ce qui doit être fait, Darl, on ne sait pas trop s’il est le plus clairvoyant ou s’il est réellement fou, Dewey Dell est dans une position inconfortable pour une jeune fille qui n’est pas mariée. Des rustres. Des fermiers pauvres du fin fond du Mississipi que j’ai trouvé attachants dans leur peine et leur obstination par le versant burlesque de situations saugrenues, la palme pour moi allant à la jambe cassée de Cash cimentée pour ne pas subir les secousses de la charrette.


Anse Bunden restait debout, voûté, dolent, les yeux fixés sur la route vide, par-delà le pont qui oscillait et qui tremblait. Et toujours cette fille avec son panier de victuailles à un bras et son paquet sous l'autre. En route pour la ville, tout simplement. Décidée à y aller. Ils risqueraient le feu, la terre, l'eau et le reste rien que pour pouvoir manger une pochetée de bananes.


Faulkner a écrit ce livre en six semaines, quatre heures par nuit, d’une traite, affirmant ne pas être revenu sur un seul mot. Et quel bouquin ! Un style incroyable capable de lier la poésie des mots par la bouche de Darl à la rigueur de vies usées. Des mots pour dire la folie, Vardaman n’est-il pas plus perturbé que Darl ?, des mots pour dire le baroque. Le talent de pouvoir faire cohabiter le drame quand il s’agit d’affronter l’eau ou le feu et l’absurde quant à l’entêtement sacrificiel du père. Une écriture moderne. Une vraie découverte pour moi.


Gallimard (1934)
246 pages
Titre original : As I lay dying
Traduit de l’américain par M.E. Coindreau




L’AUTEUR


William Faulkner (1897-1962) est probablement l'écrivain américain qui a eu le plus d'influence sur la littérature contemporaine. En France, il a été découvert et commenté, en autres, par André Malraux, Jean-Paul Sartre et Claude Edmonde-Magny. Ses romans les plus connus sont: Le Bruit et la Fureur (1929), Tandis que j'agonise (1930), Sanctuaire (1931), Lumière d'août (1932), et Absalon, Absalon! (1936).

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