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Ils n’avaient pas peur, ils ne s’inquiétaient de rien, ils se mélangeaient à la pluie et au vent déblayant ce monde disparu, ils devenaient liquides et aériens et durs comme des roches, tout à la fois.
Et ils se souriaient, de toutes leurs dents jaunes et mal rangées.

On ne devrait pouvoir lire que des textes de cette force.

Micheline a quinze ans, ses mains sont brulées par l’eau oxygénée qu’elle malaxe sur les têtes de clientes déjà trop péroxydées, son corps mutilé depuis l’enfance n’est plus qu’un vide à combler. À bourrer.  Ouafa et Oé la surnomment Roberto. Ouafa a quinze ans aussi, elle est arrivée de Paris il y a trois ans avec une mère démissionnaire, abandonnée par un père fantôme. Oé a onze ans, et il n’aime pas le noir et le froid et la mort. Oé ne rentre dans aucun moule, Oé plane entre deux univers,  Oé est le prurit qui recouvre le bonheur de sa mère.

Ils n’avaient pas peur…
Dans leur forêt, aux abords des volcans d’Auvergne.
Dans leur ruralité maltraitée par les déboisements.
Loin d’adultes défaillants.
L’employé savait juste qu’une touriste l’avait retrouvée pendue au viaduc, en aval du barrage, à cent mètres de hauteur au-dessus du filet d’eau de la rivière, après la retenue.

Et Roberto disparut.

L’univers de Séverine Chevalier fait le bruit d’une craie qui crisse sur un tableau, le poids de ces vies salopées est insupportable. L’univers de Séverine Chevalier est parcouru d’une poésie rêche et noire et envoutante. Des mots de Séverine Chevalier émane une puissance fulgurante et une beauté troublante. Je ne saurais mieux te dire que de la lire pour comprendre mon emportement.
Et parce que j’étais déjà convaincue à la lecture de son roman précédent, je te renvoie vers Clouer l’ouest.


La Manufacture de Livres (2018)
200 pages



L’AUTEUR
Séverine Chevalier est née en 1973 et vit en Auvergne. Les mauvaises est son troisième roman, après Recluses paru aux éditions Ecorce, et Clouer l’ouest.