9782221189078ORI

 

 

En 2381, l’humanité s’agglutine dans des tours de trois kilomètres de haut. Les monades urbaines. La monade est un concept qui fut utilisé par Leibniz pour évoquer une structure complexe et fermée. Robert Silverberg reprend l’idée pour y enfermer huit cent mille personnes dans un monde qui en contient désormais soixante-quinze milliards.
Chaque monade est hiérarchisée et compte des « villages » d’une quarantaine d’étages. Plus on monte dans les étages, plus on va vers l’élite de la société. On imagine les dirigeants de chaque monade vivre au sommet. Chaque tour est autonome, tout est recyclé, seules les denrées agricoles viennent de fermes dont on ne sait rien sinon qu’elles fonctionnent à l’horizontale, comme des siècles en arrière.
La surpopulation n’est plus un problème, bien au contraire, la reproduction est encouragée. Dès l’âge de treize ans, il est conseillé de faire des enfants et d’en faire le plus possible. En avoir peu est mal vu. Le devoir de chacun envers Dieu est de se reproduire. Pour faciliter cette croissance, il n’est plus question d’intimité. Les appartements sont ouverts, chacun peut « copuler » avec qui il veut, les femmes accueillent les visiteurs et refuser est passible de mort. Plus de liberté individuelle, plus de pensée propre, c’est la communauté qui prime. Le mariage est tout de même maintenu, chacun a sa cellule familiale, une cellule poreuse dans laquelle le sexe est devenu une mécanique. Séduction, désir ou jalousie ne sont plus.
Il arrive que l’enfermement ou le stress de cette vie préétablie produisent des « anomos ». Un terme que l’auteur emprunte à Durkheim, l’anomie étant la diminution des moyens de contrôle (wikipédiapower). Les anomos sont les déviants. Ceux qui osent secouer la ligne de conduite imposée. Ils seront recyclés…

Le bonheur règne sur Terre. Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné. Qui est incurable est exécuté.

Cette dystopie qui renvoie inévitablement vers Le meilleur des mondes d’Huxley dans lequel le bonheur serait d’abolir toute forme de pensée individuelle est écrite sous la forme de sept nouvelles qui forment un tout cohérent. Les monades urbaines a été écrit en 1971, ce qui laisse supposer une influence post 68 avec cette caricature du sexe à outrance et la consommation autorisée de drogues pour se détendre et mieux contrôler la ruche. L’idée de la vie verticale a été reprise dans la littérature d’anticipation notamment dans Silo de Hugh Howey, où l’humanité, survivante d’un holocauste, est enterrée dans des silos géants, ou encore plus récemment dans Espace lointain de Jaroslav Melnik, où les hommes, aveugles, vivent dans une mégalopole qui s’élève sur des kilomètres.
Nul doute que ce livre restera, il traverse les époques, intemporel, nous rappelant à la vigilance contre la pensée unique. Elle nous guette. Subtilement.
Un grand livre.


Robert Laffont – 1974
336 pages
Traduit de l’anglais par Michel Rivelin



L’AUTEUR

Robert Silverberg est un romancier et nouvelliste américain. Il écrit en quelques années de nombreux romans d'une qualité impressionnante : L'Homme dans le labyrinthe (1968), Les Ailes de la nuit (1969), La Tour de verre (1970), Les Monades urbaines (1971), Les Profondeurs de la Terre (1971), L'Oreille interne (1972) , Le Livre des crânes (1972),  Le Château de Lord Valentin (1980) est un immense succès et reste à ce jour son livre le plus vendu.