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L’inspecteur Mortka, dit le Kub, se retrouve à Krotowice, une bourgade tout là-bas dans les montagnes, loin de Varsovie d’où il fallait qu’il s’éloigne. Parait que si tu as lu Pyromane, le premier opus de l’auteur, tu sais pourquoi il a été délogé. Je ne l’ai pas lu, cela n’a pas gêné ma lecture. Cette mise à l’écart l’isole de ses enfants, de son ex-femme et, pense-t-il, la vie paisible de son nouvel asile lui permettra une remise en question de ses choix de vie. Et puis non, puisque Marta, onze ans, disparaît. C’est le début d’une enquête tortueuse.

La ferme aux poupées est à priori un thriller avec les ingrédients habituels du thriller. Il faut du frisson et des méchants qui permettent l’intrigue. On entre dans le livre sur une scène angoissante, ça sent le pédophile et on ira vers une sale histoire de trafic humain : on a le frisson et les méchants. Il faut un héros, un gars au charisme vénérable, au passé tumultueux, en proie à des questions existentielles : on a le Kub. Il faut du mouvement, du rebondissement : les fausses pistes semées par l’auteur répondent à notre attente.
Alors qu’est-ce qui fait que ce roman se démarque d’un autre thriller ?

Le personnage principal est attachant, il n’est pas alcoolique, n’a pas été battu par ses parents et sa fille n’a pas été violée par un son meilleur ami. Il s’implique (trop) dans son boulot, il a du mal avec ses gosses, il divorce, rien de bien exceptionnel dans notre société moderne. Il me plait cet homme.
Nous sommes dans un village où comme dans beaucoup d’endroits mal informés les préjugés raciaux ont bonne presse. L’auteur met en avant une population tzigane dont les traditions perdures et gênent l’habitant ignorant. Ou comment le racisme prédomine sur la raison. Sur un fond social précaire, on ressent une Pologne vulnérable même dans ses campagnes : Mortka songea que toutes les barres d’immeubles de toute la Pologne avaient le même aspect : des logements vieillots, étroits, qui sentaient le bouillon de poule.

C’est pour tout ce qui n’est pas lié à l’intrigue que j’ai apprécié ce roman, je sais que d’ici quelques semaines, il ne m’en restera rien sinon qu’elle est bien construite, d’une plume agréable à lire. Je retiendrai surtout qu’elle est tenue par un personnage solide et un environnement prédominant mis en valeur par les mots de l’auteur. Il est très probable que je veuille lire la prochaine aventure du Kub puisqu'à la fin de celle-ci, il reste un suspens non évacué.

Agullo (2018)
400 pages
Traduit du polonais par Erik Veaux



L’AUTEUR

Rédacteur en chef de niwserwis.pl, un site internet dédié à l’étude  du crime organisé et de la sécurité internationale. Il est l’auteur de quatre romans mettant en scène l’inspecteur Mortka, pour lesquels il a été nominé trois fois au prix du Gros Calibre, récompensant les meilleurs polars polonais.