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Luther Eustis vivait pieusement dans sa ferme dans le Mississipi avec sa femme et ses filles quand il croisa la route de Beulah. Lui, cinquantenaire puritain ne se déplaçant jamais sans sa Bible, elle, fille facile, jeunesse effrontée, formée par sa propre mère à la luxure débridée.
Eustis abandonne alors sa famille pour vivre ce nouvel amour sur une petite île à proximité. Mais sa conscience tourmentée l’emmène à la plus terrible des issues puisqu’il noie sa belle et la leste dans l’eau trouble du lac.

Dès les premières pages, l’auteur démarre et clôt quasiment l’intrigue du roman. Eustis est arrêté, il va être jugé. Commence alors un travail de narration incroyable autour des personnages acteurs de l’affaire. Le narrateur change à chaque chapitre nous dévoilant toujours plus sur le contexte lié à l’époque et au lieu, sur l’histoire des protagonistes, sur la place de la religion, sur les jugements sclérosés des uns, la folie des autres. Dans ce Sud où il est difficile de ne pas être miséreux, comment peut-on donner sens à la vie ? Comme Beulah, se laisser aller au vice ou comme Eustis, n’exister que selon la volonté d’un Dieu vengeur ? Parce que le bon père de famille Eustis, au passé troublé par la mort violente de ses parents, a très certainement dévié d’une route pavée de psaumes par la main de Dieu pour mettre fin aux actes blasphématoires de cette putain lubrique, suppôt de Satan.
Eustis rentre chez lui, la Bible à la main. Sa femme et ses filles binent derrière la maison, les mains usées par le travail de la terre. Eustis revient en terre promise parmi les siens.
Il sera très vite arrêté.

En repensant à la folle période qui a suivi, presque jusqu’à la fin, j’ai pu distinguer une seule chose de sûre dans ce tourbillon : c’était la volonté de Dieu qui m’avait amené vers elle, car c’était au service de Dieu que je me consacrais, quand je l’avais vue pour la première fois au pavillon, sur l’autre bord du lac Jordan.

Ce roman puise dans les profondeurs du Sud américain le désarroi de petites gens enfermées dans des croyances séculaires de bien et de mal. Chaleur, labeur, région reculée, esprits gardés étroits, c’est toute une humanité qui transparait au travers de quelques individus.
Ce roman est un grand roman, subtil dans la mise en valeur des personnages, dans la manière de les grossir, intense dans la force des sentiments mis à jour et dans l’aptitude à pénétrer l’âme des Hommes. De la grande littérature américaine trop peu mise en avant.


Titre original : Follow me down
Shelby Foote, 1950
Editions Gallimard, 1978
Traduit de l’américain par M.E. Coindreau et H. Belkiri-Deluen



L’AUTEUR

Shelby Foote, né en 1916 dans le Mississipi et mort en 2005, est un romancier et un historien américain. Les romans de Shelby Foote brossent une fresque de la société des abords du fleuve Mississipi à diverses époques de son histoire, selon des thématiques qui rappellent parfois l'univers deW. Faulkner. Ainsi, son roman le plus connu, L'Amour en saison sèche (1951), se déroule à l'époque de la Grande-Dépression, alors que Septembre en noir et blanc (1978) revient sur le kidnapping d'un enfant afro-américain de 8 ans en septembre 1957. L'intérêt de Shelby Foote pour l'histoire et son omniprésence dans ses romans et nouvelles le conduisent tout naturellement à développer un projet résolument historique qui se traduit par The Civil War : A Narrative (1958-1974), un ambitieux ouvrage de plus de 3000 pages consacré à la Guerre de Sécession.